Portraits de femme >

« Être fidèle à soi-même plus qu’à son projet »

Portrait - Anne Delétoille - dirigeante "Un grain de sel"

Ce portrait vous est proposé grâce au soutien de la Fondation ManpowerGroup.

La première expérience entrepreneuriale d’Anne remonte à l’époque des livres de la bibliothèque rose, ceux de ses 4 aînés qu’elle vendait devant la maison familiale et qui faisaient dire à sa mère « Toi, tu feras du commerce… ». C’est en effet sous cette étiquette qu’elle entamera ses études, guidée par un double objectif déjà très clair à l’époque : « J’ai construit tout mon parcours sur la volonté de développer une expertise pointue au service de mes valeurs ».

Après 10 ans d’activité, Anne crée son cabinet de conseil « Un grain de sel » et propose aujourd’hui d’accompagner les acteurs associatifs et entrepreneurs sociaux dans la définition de leur communication et de leur stratégie de développement et les collectivités locales dans la mise en place de leurs projets d’économie sociale et solidaire (ESS).

Un parcours riche d’enseignements…

« J’ai créé mon activité à 2 reprises mais pas dans le même état d’esprit »

La première fois, Anne est encore étudiante. Après une école de Commerce et Développement et plusieurs stages dans le domaine du commerce équitable, elle opte pour un Master en Communication institutionnelle et territoriale et réalise son stage, en 2010, aux relations presse chez Handicap international. En parallèle, elle aide ses proches, particulièrement engagés dans le milieu associatif, sur différents projets. Elle se rend compte alors que ses compétences correspondent aux besoins de ces petites structures et se déclare auto-entrepreneure, en 2h de temps. En parallèle de ces associations, une agence de communication lui propose également une première mission, en relations presse. 18 mois plus tard, lorsque cette agence lui offre un CDI, à Metz, et alors que la directrice constitue un exemple en termes de valeurs professionnelles, Anne refuse de quitter la Bretagne, un territoire qu’elle a choisi pour son caractère engagé. Mais elle doit se rendre à l’évidence : « En perdant ce client, j’ai perdu 80% de mon chiffre d’affaires ».
À peine le temps de se poser la question d’un éventuel retour au salariat qu’une opportunité se présente dans une collectivité pour l’organisation d’un forum sur les circuits courts et de proximité. Tout semble parfaitement s’enchaîner !

Un peu plus tard, Anne accepte un poste de responsable de communication dans une grande association brestoise où elle restera 3 ans ½. Un retour au statut de salarié dont elle ressort enrichie mais avec l’impression de s’être détournée de son chemin. On pense souvent que la création d’entreprise fait suite à une rupture ou une reconversion professionnelle. L’exemple d’Anne montre que ça n’est pas toujours le cas. Elle démissionne en mai 2016 pour préparer son retour vers l’entrepreneuriat et son rapprochement des acteurs de l’ESS au sens large, toujours dans le domaine de la communication.

Pôle emploi l’oriente alors vers la BGE mais l’accompagnement technique proposé est prématuré, elle est encore en émergence et ressent le besoin de poser certaines choses avant de créer, pour la deuxième fois, son activité. C’est à ce moment-là qu’elle entend parler d’Entreprendre au Féminin Bretagne et bénéficie d’un entretien de positionnement. Alors qu’elle suit la formation Emergence de projet durant l’automne 2016, une fois encore, elle rencontre un premier client qui précipite la déclaration de son activité en micro-entreprise. Mais cette fois, pas question de faire l’impasse sur la réflexion concernant son positionnement et ses clients ; elle n’attaque le démarchage qu’au printemps 2017.

En parlant de clients, Anne a plus d’une fois expérimenté ce qui constitue aujourd’hui l’un de ses fondements en termes de communication : « celle-ci ne sert pas à trouver des clients mais à se faire connaître ». Autrement dit, la personne avec laquelle il est important de communiquer n’est pas toujours le client mais bien souvent un futur prescripteur !

L’humain au cœur de tout

Parmi les difficultés rencontrées, Anne explique que, très vite, la posture de réussite dans laquelle se place nécessairement l’entrepreneur(e) appelle des questions du type : Alors, tu as combien de clients ? Des interrogations qui se veulent bienveillantes mais qui ne respectent pas les temps de latence propres à la création et qui viennent alimenter les inquiétudes du jeune chef(fe) d’entreprise. Un peu de pédagogie est alors nécessaire pour expliquer autour de soi que la création d’entreprise… ça prend du temps !

Mis à part ce type de pression, Anne confirme, comme tous les entrepreneur(e)s, que l’entourage et le réseau de façon plus large ont un rôle essentiel dans le développement d’une activité. S’entourer de personnes qui nous ressemblent rassure et inspire. Mais Anne précise qu’il est également important de côtoyer des personnes d’horizons variés. L’innovation se nourrit en effet de diversité et le projet sera d’autant plus riche et solide qu’il aura été confronté à des milieux différents.
Anne rappelle d’ailleurs qu’entre l’idée et la création, un projet peut être amené à évoluer et qu’il faut alors constamment veiller à « être fidèle à soi-même plus qu’à son projet ».

Un grain de sel a aujourd’hui près de deux ans d’existence et Anne, guidée depuis le départ par ses valeurs d’écoute, de bienveillance et de professionnalisme, a la joie d’accompagner des acteurs et des projets qui lui rappellent tous les jours pourquoi elle a choisi de placer l’humain au cœur de tout.

www.ungraindesel.fr
06 23 33 57 30

le 9 avril 2018 par Gaëlle Vigouroux