Portraits de femme >

we moë « Rêvons ensemble »

Portrait de Gaïdig Le Moing

Ce portrait vous est proposé grâce au soutien de la Fondation ManpowerGroup.

Au cœur de la démarche d’Entreprendre au Féminin Bretagne (EAFB) se trouve la nécessaire adéquation entre la personne et le projet qu’elle porte. Pourquoi ? Parce que la force d’un projet se trouve décuplée lorsqu’il est réellement incarné. L’exemple de Gaïdig Le Moing, créatrice de we moë illustre bien cette idée.

Depuis son entrée à l’université, Gaïdig sait qu’elle souhaite faire partie des acteurs de l’accompagnement à l’entrepreneuriat. Ce qu’elle ignore, par contre, en commençant ses études, c’est qu’elle fera un accident vasculaire cérébral à l’âge de 22 ans, que cet accident pourtant sans séquelles l’amènera à être classée dans la catégorie des personnes RAS (Risque aggravé de santé), que ce statut la privera de l’emprunt nécessaire à l’achat de son appartement et que cette injustice, puisqu’au-delà de l’emprunt, on lui refuse surtout le droit à l’initiative (immobilière, entrepreneuriale ou autre), la poussera à créer we moë.
We moë, “rêver ensemble” en tahitien, a ainsi pour objectif de changer les codes de nos systèmes de prêts bancaires et d’assurance pour mettre fin à l’exclusion des personnes présentant un risque de santé. Elles sont 15 millions concernées en France !
Comment passe-t-on d’une injustice personnelle à une avancée sociétale ? Du « Non » des banques et assurances au projet immobilier de Gaïdig en 2013 à l’excellent accueil que ces mêmes organismes réservent aujourd’hui à we moë ?

« L’idée n’est pas d’améliorer l’existant mais de trouver de nouvelles solutions. On oublie trop souvent qu’il est possible de faire autrement !! »

Pour répondre à son besoin d’entreprendre et prouver qu’elle aussi a le droit de rêver, Gaïdig décide en 2015 de partir 6 mois en Polynésie française. « Avec ce voyage, j’ai entrepris pour la première fois ». À son retour, Gaïdig reprend ses activités professionnelles et réalise que ses réflexions concernant l’emprunt et le risque de santé ont elles aussi cheminé durant son voyage, sans même qu’elle ne s’en rende compte. À force de recherches, elle développe une certaine expertise sur la question de l’emprunt mais aucune solution humainement et financièrement acceptable ne semble exister. Elle décide donc, en septembre 2016, de se consacrer pleinement à la création d’une nouvelle garantie solidaire permettant à toute personne en capacité financière de demander un prêt, avec ou sans risque de santé, d’accéder à l’emprunt, et de façon plus large, à la réalisation de ses rêves !!

De par sa formation et son expérience de conseillère en création d’entreprise (notamment chez EAFB), Gaïdig a la chance de maîtriser les rouages de l’entrepreneuriat mais son projet a besoin de mûrir. Elle va lui en donner les moyens en suivant notamment le MOOC Devenir entrepreneurs du changement, puis le séminaire de maturation d’HEC Paris. Elle n’hésite pas à solliciter différents accompagnements (EAFB, TAG 29, UBO Open Factory) avant de suivre, en 2017, le parcours Entrepreneurs de l’association Ticket for chance et d’intégrer Antropia ESSEC.
Ce n’est qu’à l’issue de ces 18 mois que Gaïdig prend réellement la mesure de l’aventure dans laquelle elle s’est lancée.

« Je veux que we moë soit une avancée sociétale. Pour moi, c’est une façon de faire de la politique. » Gaïdig part donc en campagne et rencontre tous les acteurs concernés : banques, assurances, apporteurs d’affaires... « J’aime comprendre la problématique des autres ». Elle réalise qu’eux-mêmes ne sont pas toujours conscients de ce que représente cette difficulté à emprunter pour les personnes RAS. Forte de son expertise et de son histoire personnelle, elle les invite à explorer la dérive mise en place et à contribuer, avec we moë, à de nouvelles solutions.
L’accueil est au rendez-vous : « Je n’ai même pas eu besoin de convaincre », s’étonne Gaïdig.
Reste à construire la solution de façon collaborative…

« J’ai mis du temps à comprendre que dans le cadre d’un projet d’innovation, personne ne sait rien. »

Toutes ces étapes ont été nécessaires pour définir très clairement les objectifs et la structuration de we moë. Sa créatrice insiste sur le fait qu’en matière d’innovation, le porteur de projet est le seul à en appréhender la globalité ; il est donc indispensable qu’il en ait une vision parfaitement claire et définie car, de façon naturelle, chaque partenaire amené à jouer un rôle dans le projet aura tendance à le ramener vers ce qu’il connaît. « Même les plus grands experts le sont toujours de ce qui existe déjà ». Alors qu’en tant que formatrice, Gaïdig rassurait souvent les porteuses de projet en leur répétant « chacun son métier, vous n’avez pas à tout savoir faire », elle découvre que ce n’est pas valable dans le cadre d’un projet innovant et qu’elle doit finalement se faire experte dans tous les domaines concernés.
Cette expertise, alliée à la pertinence de we moë et à la légitimité de sa créatrice leur ont déjà offert plusieurs prix ainsi que l’obtention d’un financement de Bretagne active. Ces aides ont permis à l’association de préfiguration qui porte le projet de fonctionner.
Aujourd’hui, we moë répond à son 1er objectif en informant les personnes concernées par l’emprunt et le risque de santé. La création d’un label constituera la prochaine étape. Il sera décerné aux contrats collectifs et individuels qui regrouperont des personnes présentant un risque de santé et d’autres qui n’en ont pas ; une mutualisation permettant aux premières de réaliser leurs projets de vie et aux secondes d’emprunter, sans risque et en toute solidarité.
Et qui sait, we moë ne s’arrêtera peut-être pas en si bon chemin…

« Le plus difficile pour le porteur de projet ne se joue pas là où on le croit mais plutôt sur le plan humain. »

Gaïdig n’hésite pas à parler de sa surprise face aux répercussions sur le plan personnel de ces deux dernières années. Même lorsqu’un projet avance correctement, il reste longtemps instable et son évolution impacte forcément les personnes qui le portent. « Il faut accepter l’inconfort », insiste Gaïdig ; un inconfort qui met bien souvent l’entrepreneur(e) à l’épreuve et le pousse à la fois à interroger ses freins, ses blocages et à aller chercher de nouvelles ressources, continuellement !
« J’avance aussi parce que j’accepte le travail d’introspection que ça demande », confie la créatrice de we moë.

L’entrepreneuriat inviterait-il au travail sur soi ?

www.wemoe.fr
https://www.facebook.com/wemoeFR/
https://twitter.com/wemoeFR
https://www.linkedin.com/company/wemoë/

le 7 juin 2018 par Gaëlle Vigouroux