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Les femmes ne font pas comme les hommes

Une interview d’Isabelle Gueguen dans le Journal de la Technopole Quimper Cornouaille

Isabelle Guéguen, pilote du programme Equal et chargée de mission Egalité des Chances Femmes et Hommes au Conseil Général explique les différences de management entre les hommes et les femmes. Entretien avec Michelle Jequel, chargée de communication à la technopôle Quimper Cornouaille.

« Votre » Technopole : En quoi la mise en place de la plate-forme « Entreprendre au Féminin » est innovante pour le Finistère ?

Isabelle GUEGUEN : Pour les Finistériennes et le département, la création d’entreprise est un vrai enjeu économique. Une étude récente commandée par le Conseil général a montré que les jeunes femmes sont plus diplômées que les hommes, mais sont aussi plus touchées par le chômage. Le chômage des femmes augmente et celui des hommes baisse. Pourtant, à diplôme égal, les femmes obtiennent moins de postes cadres ou de postes intermédiaires supérieurs ; un constat d’autant plus accentué si elles restent en Bretagne. Autrement dit, les femmes qui sont intéressées par le développement de leur carrière ont intérêt à quitter notre département et notre région !Cette situation pousse un grand nombre d’entre elles à s’installer en tant que consultante ou à créer leur entreprise.Pour les femmes moins diplômées, la création d’entreprise est aussi un enjeu économique. Plus de la moitié des 90 femmes reçues dans le cadre de la plateforme (entre fin septembre 03 et fin avril 04, soit 7 mois) sont au chômage ou en congé parental.En conclusion, miser sur les femmes pour la création et la reprise des entreprises en Finistère, ce n’est pas être féministe, c’est aller chercher le capital humain là où il se trouve.

VT : Les femmes créatrices sont-elles réticentes aux accompagnements proposés aujourd’hui ?

IG : Une étude de l’APCE montre que les femmes ont moins recours que les hommes à la formation et l’accompagnement dans leur processus de création. Cela est sans doute lié aux types d’entreprise ou d’activité créées. Les responsabilités familiales qu’elles sont souvent seules à assumer (et je m’appuie sur les statistiques de l’INSEE pour avancer cela) expliquent qu’elles disposent de peu de temps pour s’informer et aller à la rencontre des différents acteurs.l’étude conduite en Finistère nous donne peut-être aussi un autre élément de réponse. Les femmes semblent engagées dans un fort processus identitaire : « se mettre à son compte » est souvent l’occasion de montrer à son entourage (parents, amis, compagnon, enfants) que l’on est « capable ». Cette démarche identitaire risque de conduire à un repli sur soi, « J’y arriverai seule ». Or, les statistiques montrent que se faire accompagner et se former sont des facteurs favorisant la réussite d’un projet. Dans le cadre de la plate-forme « Entreprendre au féminin », nous incitons fortement les femmes à s’entourer de toutes les compétences et à intégrer les réseaux pour ne pas se trouver isolées.

VT : Créations moins pérennes, manque de confiance, difficulté à accéder aux réseaux et réticence à l’accompagnement semblent contradictoires. Peut-on parler d’un style de management au féminin ?

IG : « Les femmes ne sont pas des hommes comme les autres ! ». A travers une socialisation différenciée, notamment via l’éducation, les hommes et les femmes n’apprennent pas à être les mêmes et à faire et à penser les mêmes choses ! Leurs relations au pouvoir et au management sont donc aussi différentes. Dire que le management féminin est différent du management masculin ce n’est pas dévaloriser l’un ou l’autre. c’est rappeler seulement que le masculin n’est pas la norme universelle. l’universel, c’est le mélange des genres !

- Et vous, en tant qu’accompagnateur à la Technopole, vous en pensez quoi ?

VT : La Technopole a eu l’occasion d’accompagner des femmes créatrices :elles sont demandeuses d’un accompagnement qu’elles qualifient elles-mêmes de « moins masculin ». Par ces mots elles entendent moins de « technique » et plus de psychologie ou d’encouragement. Elles ont raison mais cela ne suffit pas : il y a tout de même un minimum de techniques d’entreprises à mettre en place faute de quoi elles risquent de naviguer sans instruments et de sombrer. Que doit faire l’accompagnateur dans ce cas ?d’abord « envelopper » ces techniques dans un cadre plus général en étant à l’écoute des motivations, craintes et contraintes. Ensuite « adoucir » ces techniques en jouant un rôle de vulgarisateur et parfois d’interface avec les techniciens (experts comptables, avocats, banquiers). Il y a sans aucun doute d’autres processus à imaginer, des outils techniques ou financiers innovants à mettre en place pour accompagner différemment les créatrices.

Contacts : Christian FLECHER,Chef de projet cellule création entreprise

Michelle JEQUEL,Chargée de la communication

le 30 septembre 2009