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Les actes du colloque transnational Equal « Entreprendre au féminin »

Les actes du colloque transnational Equal « Entreprendre au féminin » viennent d’être finalisés.

COLLOQUE

« La création d’entreprise par la femme »

10 et 11 décembre 2003

TRAVAUX ET DEBAT EN ATELIERS
DU 10 décembre 2003

  • Atelier 1 : « l’accès au financement des femmes créatrices d’entreprise »
  • Atelier 2 : « l’accompagnement des femmes créatrices d’entreprise »
  • Atelier 3 : « La mise en réseau des femmes créatrices et chefs d’entreprise »

l’accès au financement des femmes créatrices d’entreprise

Cet atelier était présidé par Madame Monica O’MALLEY, directrice de l’organisation Irlandaise Longford Community Ressource‚¬Â , membre du projet Equal SWELL.
Elle disposait du soutien d’Isabelle GUEGUEN, chargée de mission Egalité entre les femmes et les homme‚ au Conseil général du Finistère et chargée de la coordination du projet Equal finistérien. Enfin, Marina BOUCHET, chargée de formation au Centre de Formation de Hanvec assurait le secrétariat.

29 personnes ont participé à cet atelier dont 3 hommes, 4 femmes chef d’entreprise, 7 femmes en projet de création.

Les objectifs de cet atelier étaient, après une présentation de l’existant en matière de financement :

1. d’établir une liste de critères économiques, sociaux et humains validés par l’ensemble des parties prenantes (banque, accompagnateurs, créatrices) à questionner pour un projet de création au féminin (et au masculin).

2. de déterminer des actions pouvant réduire les phénomènes culturels en jeu. Ce dernier point n’a pu qu’être effleuré.

INTRODUCTION

l’enjeu de cet atelier est de pouvoir mettre autour d’une table, une banque, des créatrices et des structures d ‚¬Ëœappui afin que chaque acteur dépasse ses a priori ‚ sur l’autre et qu’ils définissent ensemble des pistes de travail pour améliorer l’accès au financement des créatrices.

Il est en effet courant d’entendre dans les 3 pays que les banques octroient moins facilement des prêts aux femmes qu’aux hommes. Les banques récusent cette idée en précisant que dès qu’un projet est viable économiquement, le financement est possible.

En Irlande, les banques ne disposent pas de données sexuées sur l’accès aux financements. Plus généralement, il semble difficile d’obtenir des données sur ce sujet.
Néanmoins dans les 3 pays, les différentes études sur l’entrepreneuriat féminin mettent en évidence des freins chez les femmes qui peuvent rendre difficile l’accès aux financements. Sont soulignés :

 un manque de confiance et d’estime de soi ;

 moins de patrimoine et donc d’apports personnels ;

 peu d’expérience du management en entreprise ;
 un manque ou absence de réseaux et du soutien des proches ;

 des contraintes de temps et de flexibilité liées à leurs responsabilités familiales ;

 une manque de culture économique (évaluation du coû »t du produit et de leur rémunération) ;

 une modestie du projet, plus prudente dans la prise de risque.

Les exposés et les échanges ont réellement permis de dépasser ce constat et de proposer des solutions visant à surpasser ces difficultés et a favorisé l’accès aux financements pour les femmes.

I - PRESENTATION DES DISPOSITIFS FINANCIERS EXISTANT DANS LES TROIS PAYS :

En matière d’accès au financement, l’intervenant distingue les dispositifs développés dans le milieu bancaire ou para-bancaire et ceux mis en place par les organismes publics et
associatifs.

A - Dans le milieu bancaire :

Monica O’MALLEY présente un dispositif bancaire par pays pouvant être facilement sollicité dans la mise en place dans un projet féminin.

Le fond de garantie à l’initiative des femmes (FGIF) en France :

Créé en 1989 par les Pouvoirs Publics, Le FONDS DE GARANTIE A l’INITIATIVE DES FEMMES est un dispositif unique en France destiné à soutenir l’entrepreneuriat féminin jugé trop faible. Il est, depuis 2003, géré par le réseau « France Initiative » et en Bretagne par « Bretagne Développement Initiatives » .

l’accès au crédit était identifié comme un des principaux verrous à la création d’entreprise par les femmes, soit par le manque de moyens financiers, soit par la modestie du projet présenté, soit encore par des pratiques plus directement discriminatoires.

l’Etat, en garantissant les emprunts contractés pour finaliser ces créations, contribue à lever ce verrou à deux niveaux :

  • par la sécurité financière offerte aux banques ;
  • par l’évaluation préalable des dossiers de créations par une commission qui ratifie la viabilité de l’entreprise créée.

Ce fonds a été doté par l’Etat de 2,744 M€ en 13 ans.

Le FGIF est exclusivement destiné aux femmes créatrices qui assurent en droit et en fait la responsabilité de leur entreprise quels qu’en soient la forme juridique et le secteur d’activité choisi. Ce fonds a pour objet de donner une garantie partielle aux emprunts contractés auprès des banques dans le cadre de la création, la reprise ou le développement d’entreprises.

Ces prêts, d’un montant maximal éligible de 38 000 €, bénéficient d’une garantie à 70 % et doivent être consentis sur une durée comprise entre 2 et 7 ans. Ils couvrent des besoins en fonds de roulement et en investissement sans toutefois en représenter l’intégralité.

Le dispositif a prévu des mesures d’accompagnement et d’aide pour les créatrices auprès d’experts . Ces mesures sont organisées localement par les services du Droit des Femmes représentés dans les régions et les départements.

Les banques qui présentent des dossiers à la garantie du FGIF doivent remplir certaines conditions d’éligibilité, à savoir, la mise en place du crédit dans les 6 mois à compter de l’accord de la BDI. Elles s’interdisent, d’autre part, de solliciter des cautions ou garanties personnelles sur les prêts soumis à l’agrément du FGIF mais peuvent retenir toutes sû »retés réelles limitées aux biens financés.

2 700 dossiers ont été reçus depuis l’origine du Fonds, concernant à 97 % des micro-entreprises . Sur ces 2 700 demandes de garantie, 1550 accords ont été formalisés, soit près de 57 % des dossiers présentés. 939 dossiers ont été effectivement versés par les banques ou sont en instance de l’être, soit 60 % des dossiers proposés acceptés, ce qui correspond à 35 % des dossiers déposés. Cela représente un montant global de crédit accordé de 14 M€.

Les critères d’octroi de la garantie FGIF résident dans un ensemble d’éléments objectifs d’appréciation : personnalité et antériorité professionnelle de la créatrice, domaine et localisation de son projet, moyens mis en œuvre pour sa réalisation, production d’un compte de résultat prévisionnel réaliste et d’un plan de financement équilibré et, dans la mesure du possible, d’une étude de marché.

Des critères subjectifs peuvent également impressionner favorablement dans la décision à prendre. La motivation, le dynamisme, la connaissance réelle du pari engagé, la conviction de la créatrice ressentie lors d’un contact téléphonique, l’impression générale fournie par la chargée de mission et la déléguée régionale aux Droits de la Femme qui ont reçu la créatrice et, quelquefois, l’avis motivé du banquier.

Les critères de rejet des projets tiennent en grande majorité à la nécessité de veiller à leur réalisme et leur viabilité.

Leurs apports financiers pour la finalisation de leur projet représentent en moyenne un quart de leur investissement initial, tant par des économies personnelles que celles de la famille. A noter le rôle essentiel des subventions, environ 15 % du financement. Le reste est financé par l’emprunt, soit en moyenne 60 % de l’investissement.

La moyenne des chiffres d’affaires est de 1,2 K€, de 70 K€ pour le plus bas à 3,2 K€ pour le plus élevé.

77 % des entreprises créées ayant bénéficié du FGIF sont encore pérennes. Le FGIF privilégie leur pérennisation et, plutôt que d’aboutir à une fin contentieuse et judiciaire, favorise un rééchelonnement du prêt avec la banque en prorogeant la durée de sa garantie. Cette particularité de procédure a permis de sauver un bon nombre d’entreprises en difficulté.

La créatrice est âgée de 26 à 45 ans, 36 % sont mariées, 34 % célibataires et 30 % divorcées ou veuves. Elles ont dans 56% des cas 1 ou 2 enfants. 72 % sont demandeuses d’emploi, ce qui constitue une sur-représentation de cette catégorie, dans notre échantillon par rapport à la population totale féminine dans cette situation.

66 % des entreprises créées sont des affaires personnelles, 24 % ont le statut de SARL et 7% d’EURL. La garantie du FGIF a favorisé, dans 76% des cas, la création de micro-entreprises, 17 % la reprise de structures existantes, 7 % le développement de ces structures le plus souvent dans des régions enregistrant un taux très important de chômage et permettant ainsi la mobilisation d’un potentiel économique local.

Ce dispositif a d’autre part généré la création de nombreux emplois. Ainsi, 53% des créatrices ont induit leur emploi, 24,5 % en ont créé 2 et 22,5 % en ont créé 3 ou plus.

Les activités des créatrices FGIF sont bien articulées à leurs expériences passées. Elles créent dans des activités qu’elles connaissent bien et dont elles ont l’expérience.

Les domaines d’activité rencontrés sont particulièrement variés : on note l’importance des services qui représentent 54 % de l’échantillon, le commerce ne totalisant que 31 % des créations ou reprises avec 31 % dans l’habillement et 33 % dans l’alimentation de proximité pour ne citer que les principaux.

La Banque éthique en Italie :

Umberto FAVA, directeur du Consortium Langhe Montferrato Roero a précisé que l’association « Pro Ethic Bank » a été mise en place par la Banque d’Italie en 1999. Pour les Banques éthiques, donner un crédit signifie croire au projet et avoir confiance dans le projet.

Les projets soutenus sont à but non lucratif (associations, coopératives,...) et doivent répondre à un objectif de développement durable. Il n’y a pas de mesure spécifique pour les femmes.

Les projets financés sont d’ordre social, culturel et environnemental. La faisabilité économique et financière reste prédominante mais de nouveaux critères sociaux et humains sont pris en compte :

  • Production de biens pour et en adéquation avec le territoire ;
  • Maintien et création d ’emplois ;
  • Démocratie au sein de l’entreprise : prise de décision, information,... ;
  • Egal accès des femmes et des hommes aux responsabilités ;
  • Respect de l ’environnement ;
  • Intégration des travailleurs étrangers et handicapés, etc...

402 projets ont été financés ces douze derniers mois. 37 % de ces projets se situaient dans le domaine des services sanitaires et sociaux, idem pour des projets sur la qualité de vie et le sport. 15 % portaient sur la coopération internationale.

l’organisation Irlandaise « first Step » :

Il n’existe pas d’aides financières bancaires particulières pour les femmes en Irlande. Les partenaires Equal de Longford ont par contre rencontré l’organisation « First STEP » qui fournit des prêts sans intérêt aux entreprises. 5,2 millions d’euros de prêts ont ainsi été accordés en 2002.

Les fonds de cette structure créée en 1991 proviennent du public, du privé et de la communauté européenne et sont mobilisés pour les micro-entreprises de tous secteurs et pour tout public.

Sur Longford, un projet pilote va être lancé au bénéfice des femmes suivies. « First Step » octroiera un prêt sans intérêt de 25 000 € maximum et remboursable sur 3 ans. La saisonnalité de l’activité est prise en compte et un moratoire de 6 mois est possible.

B - Les financements publics et associatifs :

Plusieurs structures ou dispositifs publics ou associatifs permettent l’accès à des micro - financements pour des publics spécifiques. Nous citons ici 2 expériences irlandaises et 2 expériences françaises.

Irlande :

« Longford Community Ressources » octroie à des personnes en parcours d’insertion des subventions d’un maximum de 1905 € et des prêts sans intérêt de 3000 € maximum. Sur le comté de Longford, les projets féminins accompagnés ont un taux de réussite plus important. Plus globalement, ce dispositif permet un retour des personnes vers la sphère de l’emploi.

« Longford County enterprise board » est une structure financée par le gouvernement Irlandais qui apporte des soutiens aux micro-entreprises à travers des formations et du mentoring. Ces dernières années, la part des projets féminins soutenus a augmenté.

France :

« Le Conseil général du Finistère » propose 9 dispositifs en faveur de la création ou reprise d’entreprise sous la forme de bourses « jeunes créateurs » (30 ans maxi / 4000 € maxi), « anciens salariés de l’industrie de la défense » (4000 € maxi), de subventions pour les bénéficiaires du Revenu Minimum d’Insertion - RMI (3820 €), pour la création d’emploi dans les petites entreprises (0 à 9 salariés - 3 000 € maxi/CDI) mais aussi d’aide au commerce ou à l’artisanat en milieu rural, l’aide aux regroupements d’employeurs, à la commercialisation de terrains industriel et artisanaux, aux grands projets,...

Il faut toutefois observer que ces aides sont octroyées pour certaines activités et pas pour d’autres. Sont notamment soutenus des projets dans l’industrie, l’artisanat de production, le conditionnement agroalimentaire, recherche et services industriels, bâtiment, et les services à la personne (sous condition). On peut s’interroger sur les résultats « genrés » de ces aides, en particulier sur la sur-représentation de secteurs à main-d’œvre fortement masculine.

Les plates-formes d’Initiatives Locales (PFIL) :

Ce sont des associations loi 1901 composées notamment de collectivités locales et d’agences de développement. Les PFIL s’adressent à tout public et tout projet. En Finistère, il existe 1 PFIL par pays.

4 missions sont développées par les PFIL :

  • l’accompagnement : il consiste en un diagnostic général du projet, qui passe par une évaluation et une définition des besoins et un examen critique du projet (étude de marché, dossier financier, etc.). Après cet état des lieux, le passage à la mise en œvre concrète du projet nécessitera une planification des actions à conduire pour l’installation de l’entreprise et éventuellement la négociation des financements complémentaires auprès des banques ou d’autres sources.
  • Le prêt d’honneur : il s’agit d’un prêt à taux zéro et sans garantie, qui vient renforcer les fonds propres. (Son montant sera fonction du coû »t global du projet, des apports personnels et éventuellement des prêts bancaires). Ce prêt est accordé par le Comité d’agrément de la plate-forme qui est constitué d’experts de la création d’entreprises. Les fonds proviennent des collectivités locales, des organismes financiers, des entreprises.
  • Le suivi après la création : il intervient pendant trois à cinq ans après la création de l’entreprise. La plate-forme est alors l’interlocuteur privilégié pour la définition de vos choix stratégiques, pour vous faciliter les démarches administratives, etc. Ce suivi peut être assuré par la plate-forme elle-même ou par ses partenaires (experts-comptables, techniciens des chambres consulaires, cadres d’entreprises actifs ou retraités). Ce suivi personnalisé a évidemment pour but d’aider à acquérir une parfaite autonomie de la conduite de votre entreprise.
  • Le parrainage : les modalités d’application varient selon les plates-formes. Il permet de bénéficier des conseils et de l’expérience d’un chef d’entreprise, ou d’un cadre d’entreprise, pendant les trois premières années d’activité.

Il apparaît que dans les 3 pays partenaires, il existe peu ou pas de dispositifs financiers spécifiques pour les femmes cherchant des financements en vu de créer ou de développer son entreprise. La constitution d’un dossier de prêt bancaire reste la démarche la plus commune dans un parcours de création.

Compte tenu des préjugés existant vis-à-vis des banques, il nous a semblé opportun d’inviter un établissement bancaire à cet atelier afin qu’il présente ses critères d’examen d’un dossier de financement.

II - Critères du Crédit Mutuel de Bretagne pour l’examen d’un dossier de financement :

Intervention de Muriel Le Page, directrice de la caisse locale du CMB de Pleyben :

Les banques sont des partenaires privilégiés des entrepreneurs. Le Crédit Mutuel de Bretagne accompagne des hommes et des femmes dans leurs demandes de financement de leurs projets. Chaque dossier est étudié et cela quel que soit le sexe du porteur de projet. l’analyse des dossiers se fonde sur trois critères : des critères humains, sociaux et économiques. On repère quatre points fondamentaux dans la construction d’un dossier de demande de financements :

1. Le projet : Il s’agit d’une description précise du projet en développant le contexte de la création ou de la reprise, le secteur d’activité et le choix du statut. Dans cette partie, il est demandé au créateur de faire un inventaire très précis des besoins en financement. Il faut détailler les investissements, les besoins en trésorerie et en fond de roulement, établir le plan de financement du projet qui intègre les besoins et les ressources (dont l’apport personnel : 20 à 25 % du projet global) et formaliser les concours sollicités, c’est-à-dire le montant de l’emprunt, la durée et les garanties.

2. Le porteur de projet : Le créateur, dans sa demande doit se présenter en déclinant son état civil, sa situation familiale et patrimoniale. Dans cette présentation, la banque s’intéresse également aux qualifications et aux diplômes du créateur ainsi qu’à son parcours professionnel afin de vérifier la cohérence avec le projet de création.

3. La faisabilité du projet : d’une part, le créateur doit connaître parfaitement son produit et avoir fait son étude de marché : cela implique de se poser des questions fondamentales : est-ce que le projet a un marché ? Quels sont les concurrents ? Les clients ? Les partenaires ? d’autre part, il doit s’interroger sur la faisabilité économique du projet : il s’agit d’établir un budget prévisionnel : quels sont les moyens humains et matériels à mettre en œvre ? Il faut intégrer à ce prévisionnel une marge de sécurité qui comprend le ou les salaires, les remboursements et les investissements à prévoir pour le développement de l’entreprise.

4. Le Bilan : Ce dernier point concerne le bilan que la banque fait du projet. Dans cette dernière phase, la banque fait une synthèse des points forts et des points faibles du projet et donne un accord ou non à la demande de financement. »

Après cette intervention, les participants ont pu échanger sur cette relation a priori particulière entre les femmes et les banques et définir quelques pistes de travail.

Y-a-t-il ou non discrimination ?

Muriel Le Page insiste sur le fait qu’il n’existe pas de discrimination liée aux sexes dans l’accès aux financements d’un projet de création d’entreprise. Pourtant, il existe dans les trois pays, des témoignages similaires concernant des refus bancaires plus élevés chez les projets portés par des femmes, ainsi que des refus de financement non explicités par des banques.
Madame Le Page explique que le chemin de la création d’entreprise est difficile pour tous les porteurs de projet. Maintenant, les difficultés que peuvent rencontrer les femmes dans l’accès aux financements sont peut-être à chercher dans le positionnement qu’ont les femmes face à l’entrepreneuriat. Elles sont moins nombreuses que les hommes à créer leurs entreprises (15.5% en Irlande, 15.2% en Italie et 30% en France) ce qui implique que le modèle dominant de l’entrepreneuriat n’est pas celui de l’entrepreneuriat au féminin mais bien celui de l’entrepreneuriat au masculin.

Le manque de confiance des femmes :

Cet éclaircissement peut nous aider à comprendre pourquoi les créatrices ont souvent un manque de confiance en elles et pourquoi, lorsqu’elles se retrouvent face aux banques, elles savent généralement moins vendre leurs projets. Ce manque de confiance en elles implique parfois des failles dans le montage du dossier de demande de financements, par exemple lorsque les banques demandent aux créateurs d’intégrer à leurs prévisionnels une marge de sécurité et en particulier de définir le salaire de l’entrepreneur, il semble que les femmes ont tendance à sous estimer le coû »t de leur travail. Il apparaît également que les projets féminins ont souvent peu d’apport personnel. Cela peut s’expliquer par le fait que les femmes sont souvent plus prudentes que les hommes concernant un apport personnel touchant aux ressources du foyer familial.

Le montage du dossier

Du coté des créateurs, lorsque que l’on dépose une demande de financement pour un projet de création d’entreprise, il faut avoir conscience que les banques ont besoin de connaître la trésorerie et le fond de roulement de la future entreprise ainsi que les tableaux de bord précis de la gestion et de l’organisation de l’entreprise. Concernant ce dernier point, il est primordial que le créateur travaille en amont sur l’importance de la gestion au quotidien de son entreprise. Gérer c’est d’abord prévoir.

Dans ce cadre, il semble important de développer des outils de suivi labellisés qui pourraient donner un plus dans l’étude du dossier de demande de financement. Ce travail de réflexion pourrait se faire de manière partenariale dans un premier temps sur le territoire du Finistère, entre la BDI, l’EGEE et des personnes ressources du programme EQUAL, avec une consultation des instances bancaires volontaires.

La prise en compte possible de valeurs et donc de critères supplémentaires

Dans le montage du dossier de demande de financement, les banques prennent en compte la cohérence entre les qualifications, l’expérience professionnelle du créateur et le projet entrepreneurial. Toutefois, il y a des créatrices qui sont restées longtemps dans la sphère familiale ( ex : femme au foyer sans statut ou en congé parental) et qui n’ont pas forcément une expérience professionnelle significative. Il existe également des femmes qui souhaitent créer une entreprise dans un secteur qui n’a pas de lien avec leurs expériences professionnelles mais qui ont développé des compétences dans des activités sociales et associatives. Comment mobiliser les instances bancaires sur la reconnaissance de ces compétences dans un projet de création ?

Il émerge de plus en plus de nouvelles formes d’entreprises (SCOP, société de portage salariale,...), ainsi que des projets de proximités liés à un territoire (ex : Services aux personnes). Pour ce type de projet à forte valeur sociale, comment encourager les banques à aller au-delà des critères financiers ? Ces projets de création pourraient faire l’objet d’actions de marketing portant sur l’investissement des banques sur leurs territoires.

III - Les pistes d’action pour améliorer l’accès aux financements des femmes :

En s’appuyant sur les interventions, les échanges entre les créatrices d’entreprise, les structures d’appui et les organismes financiers avaient pour objectif de définir de nouveaux critères ou élargir ceux qui existent pour améliorer l’accès aux financements des femmes.

Le débat a permis de dégager 3 axes de progrès :

A - Femmes et banques : des engagements réciproques

l’idée qui se dégage est que, dans cette relation femmes et banque, chacun a des efforts à faire. Les participants ont défini des points sur lesquels il semble réaliste d’améliorer la collaboration, tant pour les co-contractants que pour les structures d’appui.

Du côté, des entrepreneures, il est proposé d’approfondir le travail relatif à l’étude de marché, à l’élaboration complète du dossier financier et à la présentation de son projet. La créatrice va devoir vendre son projet à la banque.
La créatrice doit aussi s’engager à apporter 20 à 25 % du financement du projet et à se doter d’outils de suivi de l’entreprise (tableaux de bord,...)

Du côté des banques, l’information doit être plus transparente. La banque doit motiver l’accord et le refus bancaire dans le cadre d’un entretien et doit informer la créatrice des garanties et des autres soutiens possibles dont elle peut disposer.
l’accompagnement est un point fort dans la réussite d’une entreprise. Il semble donc possible d’envisager que cette donnée apparaisse dans l’évaluation d’un projet par la banque. On peut de même imaginer des partenariats structures d’accompagnement/ banques et une labellisation de l’accompagnement.
Enfin, les banques sont invitées à l’instar des banques éthiques en Italie à investir dans des projets solidaires, en lien avec les territoires et innovants.

B - l’engagement des collectivités et des pouvoirs publics :

Le lien entre femmes et collectivité s’est situé dans les réflexions du groupe autour des concepts d’emploi et de développement économique et social du territoire.

La création d’entreprise et ses enjeux pour les femmes (création de son emploi, non déqualification,...) doit avoir toute sa place dans une stratégie de développement.
Les élus doivent aussi être interpellés sur la destination des aides économiques. Les services aux personnes, le tourisme qui sont des secteurs en fort développement et fortement féminisés sont aussi des projets favorisant la proximité et la solidarité sur un territoire. Comment valorise-t-on cette valeur ajoutée sociétale des projets par rapport à celle que l’on attribue automatiquement à des projets industriels ?
En misant sur les projets d’entreprise féminins, l’élu doit avoir conscience de soutenir des projets pour son territoire.

C - Vers une valorisation du capital humain....

Au fil des témoignages et des échanges, il apparaît que la femme créatrice d’entreprise n’a pas un mais au contraire plusieurs visages. Deux types de parcours retiennent l’attention quand on s’interroge sur la valorisation du capital humain.

En Finistère, ce qui est peut être moins le cas en Irlande ou en Italie, une partie des créatrices sont des femmes jeunes, diplômées qui ont confiance en elles. La création d’entreprise est une solution majeure pour obtenir un statut professionnel en adéquation avec leurs études et ne pas se déqualifier. Ces femmes sont aussi (ou semblent) en rupture avec les difficultés attribuées aux femmes, notamment dans le domaine de la confiance en soi, de la faible connaissance du milieu de l’entreprise,...
Il est important de pouvoir rendre visible ces femmes et de proposer ce modèle féminin aux générations à venir.

Par ailleurs, les femmes candidates à la création d’entreprise sont aussi souvent des femmes en congé parental ou mères au foyer : Comment valorise-t-on les compétences développées au sein de la famille pour les transférer vers l’entrepreneuriat ?

On peut trouver un début de réponse dans l’accompagnement des femmes en démarche de création d’entreprise. Il est certain que les femmes ayant en charge une famille développent des compétences multiples en organisation, en management, en gestion,... autant de compétences transférables à l’entrepreneuriat. Le rôle de la structure d’accompagnement est de révéler ses compétences et de faire prendre conscience à la créatrice qu’elle a des compétences professionnelles même si elle a quitté la sphère professionnelle depuis plusieurs années.
Les structures d’accompagnement pourraient développer des outils de valorisation des compétences à partir du dispositif national reconnu de la Validation des Acquis d’Expériences (VAE) qui prend en compte aussi bien les expériences professionnelles que les expériences acquises dans les sphères familiale et sociale (investissement dans des associations, dans la vie citoyenne et/ou politique).

Ce travail pourrait se faire en concertation avec les instances bancaires afin que celles-ci puissent prendre en considération la validation de ces compétences dans l’étude du dossier de demande de financements.

« Atelier Accompagnement »

Cet atelier était présidé par Stefania BARBIERO, consultante du Consortium de Langhe Montferrato Roero, assistée de Dominique LAOUENAN, Formatrice du CFPPA de Kerliver. Le secrétariat était assuré par Thierry JAROSZ, consultant.

21 personnes ont participé à cet atelier : 3 hommes et 18 femmes dont 4 en projet de création et 2 chefs d’entreprise. 11 structures d’appui étaient représentées.

Les objectifs de cet atelier sont de cerner ce que sont les attentes particulières des femmes en matière d’accompagnement et de mesurer la plus value et ses limites.

I - l’accompagnement des créatrices d’entreprises en France, en Irlande et en Italie :

A - Présentation : Langhe Monferrato e Roero - Piemonte

La situation en Europe et en Italie :

Pour l’ensemble, des 15 pays d’EU, l’emploi indépendant correspond à environ 19% pour les hommes, et 9% pour les femmes. En Italie l’emploi indépendant est de 30% pour les hommes, et 17% pour des femmes. Ces chiffres sont au-dessus de la moyenne européenne.

Les incontournables de l’accompagnement en création d’entreprise

Dans la phase de maturation du projet, les aspects essentiels à respecter sont :

  • Fournir un service de haut niveau de qualité : La prolifération d’initiatives publiques et privées vers la sensibilisation, l’accompagnement individualisé, le coaching menacent de compromettre la qualité du service.
  • Ne pas se substituer au chef d’entreprise : Il y a un risque de faire à la place de la créatrice. Le business plan doit être réalisé par la créatrice, le tuteur devant être seulement un guide. Il est nécessaire que se développent les capacités des nouvelles créatrices.
  • Des services différents selon les projets : Il y a besoin de services propres à chaque projet.

l’Italie connaît un taux élevé de créations de nouvelles affaires. Il y a un remarquable esprit entrepreneurial, mais les statistiques montrent que :

  • 40 % des nouvelles entreprises n’atteignent pas les 5 ans d’activité ;
  • 40 % survivent mais stagnent ;
  • 20 % émergent et se développent. Ces entreprises sont appelées « les gazelles ».

Afin de faire chuter les taux de mortalité des entreprises et augmenter le nombre des « gazelles », il est important de développer les compétences des entrepreneures. Aujourd’hui en Italie, le travail sur internet est facilité ainsi que l’accès aux ressources financières.

Freins auxquels les entrepreneurs potentiels doivent faire face au niveau local :

La première difficulté est l’accès au crédit subventionné. En effet, l’attente pour accéder au crédit est trop longue, les ressources sont inadéquates par rapport aux demandes ou encore le prêt est accordé après la présentation du plan prévisionnel donc seulement après le démarrage de l’activité et la réalisation des investissements

La deuxième difficulté est d’obtenir les crédits bancaires. En effet, les institutions de crédit exigent une garantie personnelle. En outre, il est souvent difficile de trouver l’information adéquate.

Les potentielles créatrices auront à faire face à de nombreux autres problèmes :

  • Concilier le temps professionnel avec le temps familial dans la mesure où peu d’institutions prennent en compte la problématique de la conciliation des temps de vie sur le territoire ;
  • Faire face aux préjugés culturels et sociaux. l’accès aux secteurs économiques et aux postes à responsabilité est difficile dans des organisations historiquement et culturellement à dominance masculine ;
  • Parvenir à suivre une formation régulière et continue dans le temps.

B - Support for Women Entrepreneurs - Co. Longford, Ireland’r

En 2002, l’Irlande avait une des plus basses proportions de femmes chefs d’entreprise dans l’Union Européenne (UE) - 21e rang sur 29 pays. Seulement 17% des PME irlandaises sont tenues par des femmes, alors que la moyenne de l’UE est 25%.

Statistiques sur les Entreprises de Longford : Données masculines et féminines :

  • Aides aux entreprises féminines approuvées par le conseil d’entreprises du comté de Longford : 1996 - 99 : 10.3% 2000 - 03 : 19.5%
  • Prêt aux entreprises féminines approuvées par Ressources Ltd de Longford : 1997 - 2000 : 15% 2001 - 2003 : 45,1%

Le réseau des entreprises et les organismes de soutien aux entrepreneurs de Longford :

Diverses structures œuvrent au sein du Comté de Longford pour la création d’entreprise. Les services proposés portent sur des offres de financement, de la formation, la promotion de l’esprit d’entreprise et l’aide au développement de réseau de « femmes dans les affaires ».

En outre le comté de Longford met l’accent sur le développement social (intégration des immigrés, des gens du voyages,...) et les initiatives rurales.

Compte tenu de la spécificité de certains publics, il est apporté une offre de service, de conseil et d’accompagnement aux hommes et aux femmes de groupes cibles marginalisés et désavantagés. Des mesures particulières sont mises en place visant le retour à l’emploi des chômeurs de longue durée ainsi qu’un appui dans la recherche de fonds et de prêts relais.

Le Centre des femmes de Longford :

Ce centre encourage les femmes à participer aux activités locales et agit pour influencer les politiques publiques au profit des femmes.

Une gamme des services sont mis en place notamment la garde d’enfants, le conseil, l’accompagnement et la formation professionnelle. Ces services et appuis spécifiques sont proposés aux femmes en difficulté explorant la voie de la création d’activité, mais également aux femmes déjà dans les affaires ou en formation à la création d’entreprise.

Grâce à la formation professionnelle et à la mobilisation des partenaires locaux, on constate, une progression dans le nombre de créations d’entreprises, une sortie du chômage vers l’emploi, une meilleure prise en compte de la formation permanente, un développement personnel des créatrices.

C - l’accompagnement des créatrices et chefs d’entreprise en Finistère

Le constat :

  • La création d’entreprises en Bretagne : 72 % d’hommes 28 % de femmes
  • La part des femmes dans la création d’entreprises dans le Finistère : Brest : 19, 6 % Quimper : 27,5 % 24 % pour le département Morlaix : 24,7 %

l’accompagnement dans le Finistère : les services offerts

De l’émergence du projet, au montage du dossier technique et financier jusqu’au suivi post- création, une vingtaine de structures sont réparties sur le département avec des champs d’intervention divers. Elles offrent un accompagnement majoritairement technique. Il existe peu d’offres relatives à une « problématique plutôt féminine » et/ou qui prendrait en compte le projet professionnel dans le projet de vie.

Les services les plus couramment offerts portent sur l’accueil, l’orientation, le conseil en création, l’aide au montage du dossier technique et financier, les aides financières.
l’aide vers l’installation se fait sous forme de stages d’accompagnement collectif ou individualisé.

Il existe sur le département un « Club de créatrices » dans le cadre duquel la prise en compte de la spécificité propre aux créatrices émane plus de la réalité du public, essentiellement féminin, que d’une démarche d’accompagnement volontariste de départ, type « Approche genre ».

II - Présentation de l’étude sur la création d’entreprise par les femmes :

l’objectif de cette étude était de mieux comprendre les causes qui expliquent le peu de créations d’entreprises par les femmes et à partir de là de proposer des pistes d’amélioration.
Cette étude qualitative a donc eu pour but de vérifier un certain nombre d’hypothèses auprès d’un échantillon représentatif et ce, dans un contexte particulier de la création d’entreprise ou d’activité par des femmes.

A - Les motivations de la création :

Les motivations qui sont le plus fréquemment exprimées se regroupent généralement autour de trois thèmes majeurs :

  • La possibilité de pouvoir effectuer le métier que l’on aime ;
  • La recherche d’autonomie et souvent, le rejet du salariat ;
  • La volonté de s’affirmer professionnellement.

Moins prioritaire, mais presque toujours présente, la conciliation des temps de vie est également citée.

d’une manière générale, la dimension affective est largement aussi importante que la dimension économique.

B - Les difficultés rencontrées :

Le fait d’être une femme a été très rarement présenté comme étant un élément négatif dans une démarche de création d’entreprise. Le plus souvent, les créatrices considèrent que cela n’a pas généré de différence notable.

La dimension économique :
Les deux freins majeurs le plus couramment cités sont :

  • La lourdeur de l’investissement de départ ;
  • La peur d’une rentabilité insuffisante de l’affaire.

Dans le même esprit le poids des charges et taxes est également souvent avancé.

La dimension personnelle :
Même s’il est plus délicat à cerner, des freins propres à cette dimension sont apparus également avec force. On y retrouve :

  • Le déficit de réseaux professionnels et l’isolement ;
  • Le manque de confiance en soi.

Les autres dimensions :

Comme évoqués précédemment, les freins liés à la conciliation des temps de vie apparaissent peu. Toutefois, dans certains cas, ils s’avèrent être difficiles à gérer. Sous l’angle familial, les conjoints sont peu cités. Le regard des parents (de la mère en particulier) peut revêtir, du moins dans certains cas, une importance majeure.

C - Les pistes possibles :

Lorsqu’on leur pose la question sur des éventuelles actions qui pourraient être mises en place pour favoriser la création d’entreprise, la suggestion qui apparaît spontanément le plus fréquemment est le support personnel et la personnalisation de la relation. Puis apparaissent les aides financières, l’encouragement de l’entrepreneuriat, le support à la gestion, faciliter la mise en relation.

III - Présentation des expérimentations réalisées dans les 3 pays :

A - Programme italien « TENERE IL TEMPO » :

l’expérimentation porte sur un parcours d’insertion pour 75 personnes avec charge de famille dont 10 hommes. l’objectif est un accompagnement vers l’emploi en abordant la gestion des temps de vie. Ce programme se réalise autour de 5 groupes répartis sur le territoire piémontais.

l’objectif du parcours individualisé est de mettre au profit d’une activité professionnelle ses compétences et ressources personnelles tout en s’assurant que le temps professionnel ne pénalise pas l’organisation familiale.

Un parcours en 7 étapes :

  • 1re étape - Accueil en sous-groupes (Octobre 2003 à Janvier 2004) : accueil, Prise de connaissance, Présentation des étapes
  • 2e étape - Bilan de compétences : travail en sous-groupes de 4 à 5 personnes avec un(e) psychologue du travail. Ce bilan de compétences est une innovation.
  • 3e étape - Entretiens individuels : 2 entretiens avec un(e) psychologue afin de cerner le projet, la problématique des temps de vie, cerner les objectifs professionnels du projet et la faisabilité et si besoin envisager une réorientation.
  • 4e étape - Participation à un groupe (10 à 15 personnes) : exposé des projets, phase finale des bilans de compétences.
  • 5e étape - Elaboration du parcours (2 projets possibles dont celui de la création d’entreprise) ï · Etude de faisabilité réalisée avec l’aide ou plus d’un expert ; ï · Réalisation d’un prévisionnel ; ï · Définition de l’activité principale et activités annexes ; ï · Définition de la structure et la vérification de la cohérence du projet sur le plan de la localisation, des investissements, du choix de la forme juridique. ï · rédaction du business plan de l’activité qui répond au mieux aux exigences professionnelles et familiales.
  • 6e étape - Formation sous forme de cours ou d’ateliers : alternance de modules spécifiques professionnels et de modules transversaux : Communication, travail en réseau, étude de marché, ...
  • 7e étape - Possibilité de suivre un stage : c’est la créatrice qui choisit et effectue les démarches, aidée par le groupe projet. La créatrice bénéficie du soutien d’un tuteur.
  • 8e étape - Relecture du projet avant le démarrage de l’activité : ï · Révision du business plan si nécessaire ; ï · Recherche éventuelle et sélection de ressources humaines supplémentaires ; ï · Evaluation des ressources financières et recherches d’autres sources ; ï · Démarches administratives.

Durant tout le parcours vers l’installation, les créatrices (eurs) sont accompagnées par un groupe-projet et en particulier par un tuteur dont la tâche consiste à :

  • Soutenir moralement en fournissant des indications pratiques qui facilitent la poursuite des démarches ;
  • Aider dans la recherche de l’équilibre entre les exigences familiales et les charges de travail dues à la réalisation du projet ;
  • Soutenir dans la volonté de faire partager les tâches familiales avec le conjoint ;
  • Vérifier la congruence entre les attentes, les objectifs prévus et les résultats obtenus ;
  • Communiquer au groupe-projet les modifications éventuelles à apporter à l’accompagnement individualisé.

B - EXPERIENCE IRLANDAISE : Le soutien aux femmes créatrices

Principaux résultats relatifs aux actions de formation et d’accompagnement des femmes :

  • 1998-2002 : 112 femmes formées à la création d’entreprise ;
  • Déc. 2002-Nov 2003 : 30 sessions d’accompagnement.

Des constats :

Tout d’abord l’esprit entrepreneurial est faible chez les femmes. Les principales préoccupations identifiées parmi les femmes créatrices sont : l’accès au financement, l’équilibre des temps de vie, le besoin d’un service d’information dédié aux femmes.

Le centre de Longford peut offrir aujourd’hui une formation à la création d’entreprise pour les femmes. Grâce au développement des activités du réseau du centre des femmes de Longford, des femmes sont encouragées et soutenues pour participer au programme de formation professionnelle. Compte tenu des premiers résultats, le centre des femmes de Longford incite le réseau des conseillers d’entreprises à avoir une démarche spécifique sur le genre.

Le programme de formation actuel, basé sur l’expérience du programme de formation « NOW » (2000) prend en compte les priorités des femmes à savoir :

  • Besoin d’un appui moral : les femmes ont besoin de savoir que quelqu’un croit en elles, d’où la nécessité d’un accompagnement adapté à elles et à leurs projets.
  • Besoin d’un appui stratégique : techniques de ventes, informations sur les aides financières, développement des « business plan ».

Du fait de ces constats, l’intérêt du travail partenarial prend tout son sens notamment pour :

  • Faciliter une approche intégrée, de médiation pour encourager et soutenir des femmes dans l’entreprise , et fournir les appuis en cours, accompagnement et gestion de réseau ;
  • Identifier les barrières structurelles et comportementales ;
  • Tester les approches innovatrices pour développer des occasions de partenariat.

Il ressort de ceci des enseignements sur la conduite de la formation :

  • Les femmes doivent être pro-actives pour entamer une formation ;
  • Les formations doivent tenir compte du genre, avec un regard particulier sur les croyances individuelles, l’amour-propre, et la confiance en soi ;
  • Le domaine des femmes au travail a besoin d’être approfondi, particulièrement les changements et les motivations d’un engagement professionnel (équilibre des temps de vie).

La formation doit assurer aux participants :

  • la capacité d’évaluer la solidité d’un projet ;
  • la connaissance et la confiance pour développer ses idées et élaborer son « business-plans », réaliser l’étude de marché ; étudier la vente et le service aux clients ; la comptabilité et la gestion ; la connaissance de différentes structures, les rôles et responsabilités ; et où et comment trouver les informations ?
  • Le développement de compétences en communication (verbale, écrite, techniques d’écoute).

En conclusion, beaucoup de femmes n’ont pas suffisamment confiance en elles pour entamer la formation à la création d’entreprise à moins qu’elles ne soient encouragées et soutenues à le faire.

Ainsi la formation doit développer la confiance et la croyance des femmes en elles-mêmes et leurs capacités, aussi bien que fournir des qualifications professionnelles.

Trouver des réponses sur l’équilibre de leur temps de vies et les préparer aux changements exigés par une vie professionnelle, c’est un élément fondamental de la réussite de l’entrepreneuriat féminin.

l’ensemble des appuis locaux doit prendre en compte dans cet accompagnement la spécificité du genre.

C - La Plate-forme « Entreprendre au Féminin » dans le Finistère :

La Plate-forme « Entreprendre au féminin » propose aux femmes chefs d’entreprise ou à celles ayant une idée ou un projet de création des solutions innovantes telles que :

l’information :

l’objectif affiché par les partenaires d’Equal est de favoriser la création d’entreprise par les femmes et de pérenniser les entreprises en place. Pour y parvenir, il faut :

  • Faciliter l’accès aux ressources sur la création d’entreprise ;
  • Améliorer la lisibilité des dispositifs d’accompagnement à la création d’entreprise ;
  • Faire connaître les réseaux existants.

La formation sur des thématiques de développement personnel :

La plate-forme propose des formations innovantes intégrant le projet de création d’entreprise dans le projet de vie global. 3 principaux thèmes :

  • La conciliation des temps de vie (professionnelle, sociale, familiale et personnelle) ;
  • l’approche du marché ;
  • Le monde et la culture entrepreneurial ;
  • La formation alternée des ateliers de travail et des séminaires.

l’accompagnement individualisé des créatrices :

l’accompagnement tel qu’il est proposé dans le cadre de la plate-forme a pour objectif d’aider la créatrice à clarifier son projet, à prendre des décisions, à bénéficier de nouvelles idées et à s’orienter vers les organismes compétents.

Le but recherché est de rendre la créatrice autonome dans la réalisation et le développement de son activité.

l’accompagnement est réalisé par un groupe de 13 accompagnants formés aux techniques de développement personnel, sensibilisés à l’égalité des chances, fédérés autour du thème « Entreprendre au féminin », engagés dans le cadre d’une Charte de l’Accompagnement.

La mise en réseau des femmes chefs d’entreprise et créatrices :

Au travers d’un réseau de femmes chefs d’entreprise, la plate-forme propose des lieux d’échange et d’écoute afin de :

  • Rompre l’isolement ;
  • Faire des affaires ;
  • Valoriser l’image de la créatrice ;
  • Mutualiser les ressources ;
  • Mettre en place des relations de parrainage.

IV - l’accompagnement spécifique, quelle plus value ? Quelles limites ?

Synthèse sur l’accompagnement des femmes créatrices et chefs d’entreprise :

l’existant dans les trois pays :

On retrouve des similitudes dans les 3 pays malgré la diversité des publics accueillis. Les points de convergence sont

ï · Faible proportion des créations faites par les femmes ;
ï · Multiplicité des structures d’aides et/ou d’accompagnement ;
ï · Volonté d’accroître la pérennité des créations ;
ï · Le souci de la qualité du service ;
ï · Attention particulière vis-à-vis des femmes ;
ï · Un accompagnement individualisé en cohérence avec d’autres actions.

Quelque soit le pays, les attentes semblent être les mêmes :

ï · Besoin de conseil technique et financier ;
ï · Aide à la lisibilité des structures existantes ;
ï · Prise en compte de la conciliation des temps de vie.
ï · Besoin de soutien personnel.

Les questions qui restent en suspend

Pertinence d’une formation réservée aux femmes ?

Si un accompagnement individualisé (approche globale) est souhaitable pour tout créateur, il nécessite toutefois une approche particulière pour les femmes.
En parallèle à l’accompagnement individualisé, la mise en place de groupes non mixtes permet aux femmes de s’exprimer plus librement (les attentes sont différentes, cela favorise la complicité dans le groupe...) et pourrait favoriser l’émergence de réseaux.
d’une manière générale il pourrait s’agir d’une porte d’entrée, possibilité d’extension au profit de tous.

Comment vérifier la pertinence de l’accompagnement individualisé ?

Les premières statistiques montrent que la proportion de succès est plus forte pour les projets accompagnés.
Une réflexion sur un suivi « qualité » des différentes étapes doit être menée en parallèle des actions. Prise en compte des critères de mesures définis au niveau européen : Nombre d’entreprises créées, d’emplois créés...
d’autres critères pourraient être définis (pérennité du projet professionnel dans une approche globale, conciliation des temps de vie et développement économique).

Comment pérenniser la démarche ?

Poursuivre les expérimentations en cours afin de démontrer le retour sur investissements de la démarche et ainsi pérenniser son financement tant sous l’angle économique (développement local par la démultiplication des créations d’entreprises ) que sous l’angle social (égalité Homme/Femme).

Propositions :

Il faudrait permettre aux créatrices (voire aux créateurs) de bien poser les conséquences de la création au sein de la famille (éventuel rééquilibrage des tâches ?), de bien se positionner professionnellement (délégation, partenariat, équipe...)
En parallèle, il est nécessaire de développer une politique active de modifications des comportements sur la culture entrepreneuriale et sur le partage des tâches.

« La mise en réseau des femmes créatrices et chefs d’entreprise »

Cet atelier était présidé par Claire MEHEUT, chargée de mission « Equal » au Centre d’Information des Femmes du Finistère, assistée par Evelyne QUEMENEUR, chargée de mission Emploi-Formation au Pays Centre Bretagne Ouest, membre du partenariat de développement « Equal ». Le secrétariat était assuré par Christelle LE PENNEC du « Groupement de Valorisation des Agricultrices du Finistère » ( GVAF).

19 personnes ont participé à cet atelier. Etaient représentés : l’association des Artisanes Italiennes ; le centre des femmes de Longford, les Groupes de valorisation des Agricultrices du Finistère ; l’association « Femmes entre Terre et Mer », Bretagne B2B (réseau régional), le Centre des Jeunes Dirigeants (réseau national) et Action’elles

Les objectifs de l’atelier étaient, après un état des lieux synthétique des réseaux existants et de la place que les femmes y occupent, de repérer les potentialités d’évolution et la pertinence ou non d’organiser des réseaux féminins.

Introduction :

Claire MEHEUT restitue d’abord le contexte du débat, rappelle quelques éléments de définition concernant les réseaux et enfin dresse un bref descriptif des réseaux existant en France.

Il est bien connu que l’appartenance à des réseaux est un élément important de réussite dans le monde des affaires. Les femmes y sont beaucoup moins présentes que les hommes.
Dans le Finistère, s’il existe des réseaux de femmes autour des métiers de l’agriculture (GVAF), de la mer (Femmes entre Terre et Mer), ou de l’artisanat ( Groupes Femmes de la « CAPEB »), les quelques tentatives de réseaux interprofessionnels n’ont pas duré dans le temps.

l’objectif du débat était donc de repérer au travers des témoignages les éléments favorables au fonctionnement des réseaux de femmes, mais aussi la plus-value et les limites de ceux-ci.

Qu’est ce qu’un réseau ?

Un réseau est un groupe de personnes, avec des intérêts, des objectifs communs, des valeurs communes qui se regroupent pour s’aider mutuellement, élargir ses prérogatives, et s’entourer d’alliés pour aller plus loin et plus fort.

Un réseau fonctionne sur une logique de gagnant/gagnant avec quelques principes clefs :

  • Donner/recevoir ;
  • Confiance réciproque ;
  • Egalité des positions ( pas de structure hiérarchique).

Le réseau répond à des besoins économiques, techniques et personnels (besoins d’appartenance, besoins de reconnaissance par ses pairs, besoins affectifs -échanges) Il est une plus-value pour toute réussite : économique, politique, sociale ou personnelle.

I - Présentation synthétique des réseaux existants en France :

En France les premiers réseaux de dirigeants et chefs d’entreprise ont vu le jour après la première guerre mondiale. Ce sont des réseaux d’affaires à dominante masculine, orientés vers la performance économique et la réussite. Ces réseaux sont fortement implantés sur le territoire.
Quelques exemples :
La Jeune Chambre Economique (1917) ;
Le Centre des Jeunes Dirigeants (1938) ;
Les Dirigeants commerciaux de France ;
Les Clubs de Jeunes Managers ;
Les Clubs « Entreprendre » des Chambres de Commerce et d’Industrie ;
Le réseau « Bretagne B2B ».

Les réseaux de femmes ont vu le jour un peu plus tard ( après la deuxième guerre mondiale). Ils se construisent à partir de dysfonctionnements dans la parité et dans la charge incombant aux femmes.
Ils ont souvent une dimension internationale

Quelques exemples :
Femmes Chefs d’Entreprise (1945) ;
AFEE (1989) ;
Action’elles (1994) ;
Arborus (1995) ;
Dirigeantes (1998) ;
l’Entreprise au féminin (1999).

Ces réseaux ont donc des préoccupations spécifiques :

  • La représentativité des femmes dirigeantes d’entreprise ;
  • La promotion et le soutien à la création d’entreprise par les femmes ;
  • l’égalité des chances entre les femmes et les hommes ;
  • La constitution d’une force de proposition et d’actions au niveau régional et national ;
  • La défense d’intérêts spécifiques à certaines branches.

Dans le Finistère, les réseaux féminins évoqués plus haut rentrent dans cette dernière catégorie. Le réseau « Femmes Chefs d’Entreprise » a fonctionné plusieurs années à Quimper mais a cessé ses activités en l’an 2000.

II - Témoignages italiens et français sur la place des femmes dans les réseaux mixtes :

A - Les artisanes italiennes : « la prise en compte de la spécificité humaine et de la conciliation des temps de vie »

Nom : Antonnella GUITTO
Métier : chef d’entreprise,
Type d’entreprise : produits abrasifs, 100 salariés
Pays : Italie

Antonnella est aussi à l’initiative d’une coopérative de femmes sur les métiers d’aide à la personne. Elle est aussi membre d’une association « les artisanes italiennes » créée en 1994. Il s’agit d’un réseau féminin de portée régionale et nationale.

Antonnella constate que les réseaux masculins ne prennent pas en compte les spécificités féminines et ne communiquent que des informations générales.

Dans les réseaux, il n’existe rien pour les petites entreprises. l’accompagnement est très technique et général et est destiné aux grandes entreprises. l’information sur la création d’entreprise existe mais est très diffuse.
« Nous souhaitons un réseau d’information. Aujourd’hui les informations c’est comme dans un dictionnaire sans ordre alphabétique. »

En Italie, dans un environnement de compétition, les femmes sont perçues comme des rivales. Il y a trop peu de femmes pour qu’elles puissent se faire entendre. Les femmes ne sont pas représentées dans les lieux de décision. Le contexte et les comportements sociaux masculins vont à l’encontre des femmes. Dans ce monde d’hommes, les femmes ont beaucoup de mal à « trouver leur espace ».
« Les hommes ont du mal à accepter que nous sommes leurs égales »

Il y a des préoccupations propres aux femmes en terme notamment de conciliation des temps de vie qu’un réseau de femmes prend en compte.
« c’est mieux pour les femmes quand c’est les femmes qui le font »

Les femmes ont comme objectif de faire des ponts avec les réseaux masculins mais c’est difficile. La différence de profil sociologique et l’ancienneté de d’entreprise accentue le fossé. Le choix de ce réseau italien est de s’organiser comme groupe de femmes au sein d’un réseau mixte.

B - Réseau « B&B » : la solidarité dans les affaires :

Nom : Carine LE GUIL
Profession : chef d’entreprise
Type d’entreprise : agence de communication évènementielle
Pays : France

Carine LE GUIL a créé son agence de communication événementielle en 2003 à Brest. Pas brestoise d’origine, elle a choisi de créer son propre réseau. En 6 mois, grâce à ce réseau, elle a tissé des partenariats, développé de nouvelles idées...Carine est membre du réseau « B&B ».

Beaucoup d’hommes et peu de femmes (25%) dans le réseau « B&B ». Carine constate qu’à l’intérieur de ce réseau, il y a beaucoup de relations entre les femmes. Ces femmes sont, soit sans enfants, soit avec de grands enfants.

Pour Carine, le réseau a été nécessaire et intégré à la source du projet.

Carine est intéressée par la création d’un réseau de femmes chefs d’entreprise mais ce réseau doit être ouvert aux hommes. La confrontation est une source de richesse.
« on n’a pas les mêmes façons de faire mais chacun peut s’apporter ».

C - Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) : « l’entreprise au service de la société »

Nom : Jean Jacques GAUDICHE
Métier : chef d’entreprise
Type d’entreprise : ressources humaines
Pays : France

Le Centre des Jeunes Dirigeants est un mouvement de chefs d’entreprise et de cadres à hautes responsabilités. Mouvement « philosophique » très orienté vers la place de l’humain dans l’entreprise et les relations humaines en général.

Le réseau, lui, apporte davantage au niveau personnel qu’au niveau des affaires.

Jean-Jacques constate que l’équilibre homme/femmes au niveau de la sphère familiale se fait par les nouvelles générations. La sphère familiale n’est plus seulement l’affaire des femmes !

A Quimper, le réseau compte 30 membres dont 1 femme. Le réseau est un engagement en temps (plénières, commissions, réunions), et les horaires tardifs (19h00 - 23h00) expliquent le peu de participation des femmes.

Le CJD fonctionne par cooptation. La question de l’investissement en temps ou de l’adaptation du temps des femmes n’a pas clairement été posée.
« la participation à un réseau implique la sphère privée »

D - DEBAT/ ECHANGES :

Une évolution des mentalités :

  • « La formation est importante, les diplômes permettent aux femmes de s’imposer » ;
  • « Les femmes doivent toujours en faire plus ou cherchent la perfection. Quoi qu’il arrive, les hommes passent avant, c’est pour quoi elles doivent s’organiser et travailler en réseau » ;
  • « Les hommes nous poussent tant qu’ils sont à la tête, tiennent les rennes. Ils nous jaugent en permanence, nous voient comme des concurrentes » ;
  • « Les femmes culpabilisent. Elles ne délèguent pas et surtout ne lâchent pas la sphère familiale. On sent la marge de progrès avec les nouvelles générations mais c’est dans notre culture que de vouloir élever nos enfants » ;
  • « Le pourvoyeur de fonds est le plus valorisé ».

La mixité des réseaux :

  • « Si les femmes restent entre elles, cela s’apparente à « une secte » dans laquelle ou face à laquelle les hommes se sentent exclus » ;
  • Un réseau féminin est-il un réseau féministe ? ï · « Trois personnes ont dit : je ne suis pas féministe. Mais pourquoi s’excuser ? » ï · « Il ne s’agit pas d’être féministe ou pas. Je suis une femme et suis lassée que cette situation m’empêche. » ï · « Il ne s’agit pas de mettre les hommes et les femmes dos à dos. La relation au pouvoir se mène « step by step » (pas à pas) ».
  • Un réseau féminin ou porté par les femmes ? ï · Une italienne : « les hommes ont du mal à nous laisser entrer dans Leur travail. Ils ne comprennent pas que nous sommes différentes, que l’objectif n’est pas de prendre le pouvoir. La conciliation des temps, c’est vraiment un problème de femmes, il faut monter des réseaux féminins » ; ï · Une irlandaise : « les hommes trouvent la convivialité et le business dans les réseaux, entre eux. Ils sont tournés vers l’extérieur, contrairement aux femmes. Il est nécessaire de créer des réseaux féminins » ; ï · Une française : « les réseaux mixtes créent l’échange. Apprenons à nous intégrer, à rendre visible notre travail. Les hommes comme les femmes ont à s’apporter caution et savoirs-faire. Chacun peut s’apporter ».

III - Quelle plue-value, quelles limites aux réseaux féminins ? :

A - le réseau des femmes de Longford :

Un premier réseau de femmes chefs d’entreprise a échoué parce que des personnes ont voulu le leadership et imposer leur propre projet. La participation a baissé à cause de cela et aussi parce que la participation à un réseau demande du temps.

Le nombre de femmes sur Longford est trop peu important pour créer un réseau exclusivement féminin. Trois femmes se partagent la responsabilité du réseau mixte. Les promoteurs sont partis de l’expérience pour agir sur des projets communs, partager et mettre en place des responsabilités tournantes.

« c’est difficile de faire venir les femmes. Le frein reste l’organisation de la famille. »

B - Groupement de Valorisation des Agricultrices du Finistère : la prise en compte de la femme en agriculture :

Nom : Jeanne Yvonne TRICHE
Métier : agricultrice
Type d’entreprise : exploitation porcine
Pays : France

Les GVAF sont nés en 1961 et ont pour objectif de moderniser la vie de l’exploitation. Les GVAF font partie des comités de développement, échelons locaux de la chambre d’agriculture. Les GVAF sont des lieux d’échanges, conviviaux, sans étiquette et libres à toute expression.

l’objectif des GVAF est d’accompagner les agricultrices à concilier harmonieusement toutes leurs vies et mieux vivre leur métier à travers des actions de formations, des réunions, des voyages d’études...
« je suis un pur produit des GVAF, je n’aurais pas pu faire ce métier sans les GVAF » nous dit Jeanne Yvonne.

Dans le monde agricole, certains ont une vision faussée des GVAF (réunion-café-gâteau) : il s’agit de notre part d’un manque de communication.

« Il est nécessaire de créer un réseau commun à toutes les femmes mais ayant une vision plus large que les hommes, nous avons beaucoup à leur apporter à travers un réseau mixte. Le rôle de la femme va être déterminant. Il faut qu’on avance, qu’on ose ».

C - Association « Femmes entre Terre et Mer » :

Nom : Michèle PENDELIEVRE
Métier : Animatrice
Type d’entreprise : association de femmes de marins pêcheurs
Pays : France

« On parle de matriarcat, mais dans les métiers de la mer, les femmes ont toujours travaillé, pris des responsabilités, surtout quand les hommes sont en mer. Elles ont de lourdes charges familiales liées aux risques du métier... »

Ce réseau recherche une envergure européenne pour faire valoir la place et les droits des femmes de marins. Elles travaillent en deux ateliers :

  • Les femmes dans la sphère privée. Par exemple, la disparition d’un marin sans récupération du corps et le transfert de responsabilité à la femme prend cinq années en France... « Nous choisissons le mieux disant européen sur la réglementation puis agissons en lobbing »
  • Les femmes et les associations de femmes dans la sphère publique : les femmes d’un secteur comme la Pêche peuvent faire progresser des choses.

« Au sein du réseau, nous lisons, nous débattons sur des textes ardus, nous nous associons avec des personnes expertes et bénévoles. »

Le laboratoire de Sciences Humaines de l’Université de Bretagne Occidentale (BREST) est en partenariat avec « Femmes entre Terre et Mer » sur un financement européen pour la vulgarisation du travail scientifique.

Il existe un secrétariat tournant tous les trois mois. Cela demande des ressources pour le fonctionnement. Les informations existent mais sont très dispersées.

« Se connecter permet de croiser les réseaux. Les femmes ont envie d’envisager l’avenir. »

« Le temps EQUAL doit préparer la pérennisation. c’est un temps privilégié pour mettre des choses en place. »

Nom : Raymonde MARREC
Métier : responsable de coopérative
Type d’entreprise : gestion de flottilles de bateaux de pêche.
Pays : France

Dans le secteur de la Pêche, les femmes ont une place historique dans la gestion des entreprises. La complexification de la gestion, l’assujettissement à la T.V.A a fait naître les coopératives de gestion. Lors de la crise, les femmes se sont réapproprié la gestion par des formations à la comptabilité et à l’environnement économique.

« Les emprunts, les cautions n’étaient pas qu’une affaire de comptable, nous étions impliqués avec nos familles !

La confiance des hommes nous a été donnée en 1980. Après 15 ans de fonctionnement, la crise est arrivée, avec des licenciements en nombre, mais toujours dans un contexte de gestion coopérative des bateaux.

« Parmi les sociétaires, il y a 40% d’hommes et 60% de femmes ; une mixité réussie »

D - Action’elles :

Nom : Gaétane HAZERAN - Présidente du réseau Action’elles
Métier : Chef d’entreprise
Type d’entreprise : Cabinet de services, d’organisation et d’accompagnement de PME/PMI
Pays : France

Action’elles ( association loi 1901) est née en 1994 d’un regroupement de femmes créatrices d’entreprises d’un Point Chance de Lyon en collaboration avec le Centre d’Information des Femmes et des Familles.
Ces femmes de tous âges ( majoritairement entre 30 et 45 ans), de toutes nationalités, avec des entreprises de toutes tailles et de tous secteur se sont rassemblées sur un même leitmotiv :

« J’ai créé une entreprise, je veux la développer et pouvoir en vivre »

Le réseau est basé sur l’entraide et la solidarité, car les femmes créent à minima, sont très isolées et le réseau est un lieu où elles apprennent à oser exprimer leurs problèmes.
Gaétane HAZERAN est présidente depuis 1995 : le réseau a adhéré pendant un an à « GRACE » ( Groupement Rhône Alpes de la Création d’entreprise » ( réseaux masculins)
c’est un réseau qui fonctionne avec le soutien du ministère du Droit des femmes et le FSE.

Un des problèmes de la création d’entreprise est les fonds propres : 80% des femmes créent seules et méconnaissent les besoins en fonds de roulement. Il ne faut pas encourager ce mode d’entreprise en solo. Il faut les encourager à s’associer ou intégrer un réseau de compétences complémentaires.
« Aucun homme ne crée en solo : il a toujours une femme derrière lui ( sa femme, sa sœr, sa mère, une amie ou une secrétaire ) pour assurer son secrétariat, les relances clients... »

Les hommes, eux, ne travaillent pas avec leur argent personnel : ils apportent juste assez pour emprunter et s’installent en société plutôt qu’en individuel.
Les femmes, elles, sont réticentes à l’embauche. Or déléguer permet de développer.

Les réseaux sont essentiels pour la réussite de l’entreprise :

  • « Il y a tous les métiers, toutes les compétences dans le réseau »
  • « Le réseau m’a donné une telle impulsion »
  • « On travaille en réseau avec d’autres réseaux »

Ce réseau intervient sur des questions d’ordres divers :

Il développe le marrainage et le mentoring. Les femmes sont plus à l’aise dans le mentoring ( recours à des compétences diverses auprès de plusieurs personnes) ;
Il propose un accompagnement en amont de la création et la mise en lien des créatrices avec les femmes déjà installées ;
Il organise des ateliers de formation post création sur la culture d’entreprise (information générale, 1e embauche, Mailing efficace ...) et des soirées à thème une fois par mois ;
Il met à disposition des outils concernant le développement personnel, la gestion du stress, la confiance en soi ;
Un site internet a été créé avec des liens intéressants

Qui décide des salaires, des ordres du jour, du calendrier ?

l’adhésion est de 55 euros par entreprise et par an. Il y a une présidente et vice présidente à l’échelle nationale, ainsi qu’au niveau régional. Deux jeunes permanents viennent d’être embauchés. l’ordre du jour est collégial, les idées sont centralisées par courrier électronique. Il faut un leadership, mais toutes les « action’elles » se sentent impliquées. l’animation est une place tournante.

Des messages :

Apprendre aux femmes à déléguer pour développer leur entreprise ;
Apprendre à ne pas culpabiliser d’utiliser l’argent des autres ;
Il est essentiel d’investir les lieux de décision majoritairement masculins, pour orienter les politiques publiques ;
IL faut de l’argent pour faire fonctionner le réseau : c’est le nerf de la guerre.

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CONCLUSION :

Il n’y a pas de refus des femmes d’intégrer les réseaux existants. La complémentarité est reconnue par tous comme source de richesse et de performance.
Mais les femmes expriment des freins :
ï · La prise de parole n’est pas facile quand elles sont minoritaires ;
ï · Elles ne sont pas à l’aise dans les modes de fonctionnement et les codes qui ne leur sont pas familiers ;
ï · Elles ne trouvent pas leur espace sur des préoccupations spécifiques ;
ï · Les heures de réunion sont incompatibles avec la conciliation des temps de vie ;
ï ·
ï · Leur crédibilité professionnelle est difficilement reconnue par les hommes mais aussi par elles- mêmes ;
ï ·
ï · Les femmes ont tendance à culpabiliser et à être culpabilisées lorsqu’elles se désengagent de la sphère privée pour investir la sphère professionnelle.

Le réseau doit donc servir à :

ï · Prendre conscience de sa valeur et savoir l’utiliser ;
ï · Déculpabiliser en organisant ses temps de vie ;
ï · Se former aux stratégies économiques ;
ï · Se préparer à intervenir dans la sphère économique ;
ï · Se préparer à intervenir dans les instances décisionnelles ;
ï · Se soutenir mutuellement dans ces démarches ;
ï · Prendre en compte les préoccupations spécifiques aux femmes ;
ï · Identifier les leviers pour le développement de leur entreprise ;
ï · Utiliser le réseau pour le business et le mentoring. Les femmes préfèrent le mentoring au parrainage ;
ï · Partager les acquis dans un cadre intergénérationnel.

Les clefs de la réussite d’un réseau :

ï · Identifier les bénéfices d’un réseau ;
ï · Des moyens humains et financiers ;
ï · « Un réseau se développe comme une entreprise » ;
ï · Des moyens de communication actuels (TIC) ;
ï · Croiser le réseau avec d’autres structures existantes ;
ï · Une représentation dans les instances décisionnelles ;
ï · Plutôt une présidence tournante qu’un leadership ;
ï · Cibler les membres du réseau mais souplement ;
ï · Communiquer et être transparent ;

Personne n’a évoqué la fermeture des réseaux aux hommes.

le 6 mai 2004